Interview Ivan THIRION - Baryton, Promotion GO2022

Passé par la Haute Ecole de Musique de Genève, le Cnipal de Marseille ou encore l'Opéra Studio de Zürich, Ivan nous parle de son parcours, ses rêves et ses projets. Un baryton à suivre de très près !

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Peux-tu présenter ton parcours? Et comment as-tu pris le chemin de l’opéra et de la musique en général.

Je viens du côté maternel d’une famille de musiciens et j’ai donc eu contact avec la musique classique dès le plus jeune âge. J’assistais régulièrement à des concerts de ma maman flûtiste et ma tante violoniste professionnels. J’ai donc baigné dans la soupe depuis toujours.

Je m’y suis très vite intéressé et j’ai commencé par faire du piano. Mais ce n’était pas tout à fait mon truc. Entre-temps, je faisais également du théâtre , de l’improvisation et de la déclamation. C’est ainsi qu’un beau jour j’ai réalisé que le chant m’offrait à la fois le plaisir de la musique et du théâtre.

J’ai donc commencé des cours de chant et j’ai tout de suite adoré ce moyen formidable d’expression. Lorsque j'ai découvert que j’avais une voix intéressante je me suis enthousiasmé et cela m’a mené au Conservatoire Royal de Bruxelles ou j’ai vite compris que je voulais faire du chant et de l’opéra mon métier. Après 3 ans d’études à Bruxelles chez Marcel Vanaud, je suis allé me perfectionner à la Haute école de musique de Genève et au Cnipal de Marseille.

Cette période a coïncidé avec mes premiers rôles sur scène: Papageno à l'Opéra Royal de Wallonie, Figaro à l’Opéra de Montpellier…

Ensuite j’ai terminé ma formation à l’Opéra Studio de Zürich, ce furent deux merveilleuses années où j’ai eu l’occasion d’aborder beaucoup de rôles auprès de passionnants artistes comme Cecilia Bartoli, Anna Netrebko, Niña Stemme….

J’ai eu la chance d’être finaliste de nombreux concours internationaux comme le BBC Cardiff Singer of the World, Operalia. 

Je poursuis mon chemin depuis sur les scènes de France et d’Europe et j’en suis ravi.

Quel rôle t’a le plus marqué jusqu’à présent?

C’est le rôle d’Enrico dans Lucia di Lammermoor de Donizetti. C’est un rôle en or car c’est un personnage complexe et sombre. Tiraillé entre son devoir familial et son amour pour sa sœur Lucia.

Il choisit de la trahir et de lui imposer un mariage forcé avec un homme qu’elle déteste pour sauver son rang et sa fortune. C’est un grand colérique, manipulateur, séducteur et chaque facette de ce vrai « méchant » de l’Opéra est un réel plaisir à explorer. Travailler ce rôle est une grande leçon de chant car c’est un merveilleux concentré de Belcanto exigeant et superbe.

J’ai eu la chance de le chanter sous la direction de Jesus Lopez Cobos a l’opéra de Liège, un grand spécialiste de ce répertoire et j’y ai énormément appris aux côtés également de la superbe Annick Massis en Lucia. Un superbe souvenir.

Quel est ton plus grand rêve dans ce métier?

J’adore mon métier et c’est un privilège de pouvoir chanter chaque jour et d’en vivre. Mais j’aime également beaucoup voyager, fouler une planche et partager avec un public et des collègues souvent merveilleux.

Mon rêve serait donc de continuer à allier tous ces plaisirs le plus longtemps possible et ce avec des collègues toujours passionnants et généreux, des rôles tragiques à souhait et comiques à en pleurer, de la musique belle, tendre, puissante ou interpellante, dans des théâtres et des salles de concerts accueillants, magnifiques, émouvants et bien sûr pour un public toujours présent, curieux, passionné et heureux d’avoir passé un moment avec nous et avec la musique et le théâtre. Un privilège auquel nous devons rêver tous les jours, nous artistes, pour avoir la chance de faire rêver les gens avec nous.

Comment prends-tu soin de ta voix au quotidien? As-tu des rituels avant de monter sur scène?

J’ai la chance d’avoir une voix solide et nous nous connaissons assez bien maintenant avec elle. J’apprends donc à l’écouter et à ne pas la malmener. J’essaye d’allier une bonne hygiène de vie avec notre métier exigeant et aux horaires si variables. Mais très souvent si je suis heureux ma voix l’est également :)

Je ne suis pas un garçon très porté sur les rituels. Je n’en ai donc pas de bien précis.

Je savoure juste chaque jour les moments qui précèdent la montée sur scène, les échanges avec les collègues, les techniciens, les maquilleurs et les habilleurs, l’adrénaline et la joie de savoir que dans quelques instants ce sera le bonheur et le plaisir de la scène.

Quels sont tes loisirs en dehors de ton métier?

J’apprécie beaucoup marcher, flâner sur la plage (nous habitons à côté de la mer cela aide), faire une randonnée, mais aussi regarder des films, lire, jouer du piano et bien sûr partager du temps et des rires avec mon épouse, mes amis et ma famille.

Quelles sont tes dernières découvertes culturelles?

J’ai récemment redécouvert l’univers de Jérôme Bosch au museo Del Prado à Madrid. Son œuvre est fascinante et tellement actuelle, un labyrinthe d’ingéniosité et de fantastique.

Côté série j’ai vu bien après tout le monde la Casa de Papel et j’ai adoré, les personnages attachants, le plan sans faille du professeur, un régal!!

Quels sont tes prochains projets?

Je commence la saison avec le Concours de chefs d’orchestre qu’organise l’Opéra royal de Wallonie. Ils montent 3 opéras du grand répertoire et départagent de nombreux chefs très prometteurs lors de différentes séances de travail et d’un grand concert final. J’y chanterai Zurga des pêcheurs de Perles (en compagnie de Valentin Thill qui sera Nadir) et Marcello de la Bohème.

Ensuite je ferai mes débuts en Italie au teatro Carlo Felice de Genova dans Béatrice et Bénédict, dans une mise en scène du génial Damiano Michieletto que nous avions capté à l’opéra de Lyon mais n’avons pas pu présenter au public pour cause de Covid.

Ensuite je serai en tournée avec l’Antwerp Symphony Orchestra pour De Oorlog, un grand Oratorio pour double orchestre, 3 chœurs et solistes, une grande fresque épique du compositeur Romantique flamand Peter Benoit.

Je rejoindrai ensuite le Grand théâtre de Genève pour la création mondiale de Voyage vers l’espoir de Christian Joost, adapté du film suisse du même nom. Nous suivons la route de deux réfugiés kurdes au début des années 90 dans une Europe et une Suisse hostile et cruel, un sujet très actuel sur une musique très cinématographique.

Enfin je ferai mes débuts à l’Opéra National du Rhin dans la production féérique de Dmitri Tcherniakov des Contes du Tsar Saltan de Rimski Korsakov.