Alors qu'elle vient de décrocher le troisième prix du concours international La Maestra, ainsi que le prix Génération Opéra sur la scène de la grande salle mythique Pierre Boulez à la Philharmonie de Paris, Alizé Léhon a récemment remporté le prix de la révélation cheffe d'orchestre aux Victoires de la musique classique. Cette artiste de talent aux engagements forts, revient sur cette expérience et ses projets...

Serait-il possible de vous présenter et de revenir sur les temps forts de votre parcours artistique ?
Je m’appelle Alizé Léhon, j’ai 28 ans et je suis cheffe d’orchestre. Formée au CNSMD de Paris dans la classe d’Alain Altinoglu, je travaille aujourd’hui comme cheffe invitée en France et en Europe.
J’ai remporté le concours de cheffe assistante de l’Orchestre National d’Île-de-France pour les saisons 2025-2026 et 2026-2027. J’ai été récemment lauréate du troisième prix ainsi que du Prix Génération Opéra au concours international La Maestra, puis nommée « Révélation cheffe d’orchestre » aux Victoires de la musique classique 2026.
Très engagée dans la transmission de la musique auprès de tous les publics, je dirige régulièrement des ensembles amateurs, l’orchestre Démos Metz – Moselle Nord, et j’ai mené des ateliers et concerts en milieu carcéral.
Vous avez participé récemment au concours La Maestra : pourquoi avez-vous choisi de vous y inscrire ? Que représente ce concours pour vous ?
Le concours se déroule à Paris, une ville importante pour moi puisque j’y ai fait mes études, dans un lieu mythique : la Philharmonie. Il y avait à la fois une sensation d’être « à domicile » et, en même temps, la nécessité de faire mes preuves, étant la seule candidate française sélectionnée.
C’était aussi une opportunité exceptionnelle de diriger deux orchestres de renom dans des répertoires variés et exigeants ; diriger Petrouchka avec l’Orchestre de Paris représentait par exemple un véritable rêve !
Ce concours joue un rôle essentiel dans la mise en lumière des cheffes d’orchestre. Il offre également un accompagnement précieux grâce à l’Académie de La Maestra, qui assure un suivi sur les deux années suivant la compétition pour 5 candidates.

Vous êtes-vous préparée d’une manière spécifique à ce concours ?
La Maestra demande de travailler un répertoire très important et j’étais engagée sur d’autres projets dans le même temps. Je me suis donc préparée du mieux possible dans ce contexte. J’ai travaillé en alternance les pièces des différents tours, en essayant de ne rien laisser de côté.
Il n’est pas évident de travailler des oeuvres sans savoir si on aura l’occasion de les diriger, c’est-à-dire si on sera sélectionnée pour les tours suivants.
J’ai cherché à dégager les idées essentielles et les enjeux principaux de chaque oeuvre, afin d’être la plus efficace possible pendant les épreuves dans un temps de travail très court avec les orchestres.
Comment se sont déroulées les épreuves ?
Le concours se déroule en trois tours, répartis sur 6 jours consécutifs.
Les quarts de finale consistaient en une épreuve de 20 minutes durant laquelle nous devions répéter puis interpréter un extrait d’oeuvre. À l’issue de ce premier tour, 8 candidates sur 16 étaient sélectionnées.
Pour les demi-finales, nous disposions de 40 minutes pour travailler un extrait d’opéra (pour moi, l’air du Comte Almaviva des Nozze di Figaro) ainsi qu’une pièce concertante. Quatre candidates étaient ensuite retenues pour le dernier tour.
La finale s’est déroulée en deux parties avec deux orchestres différents. Nous avons eu un temps de répétition avec chacun, puis donné deux concerts dans la même journée.
Ce fut une semaine très intense, autant mentalement que physiquement. La fatigue s’accumule au fil des jours, tandis que la pression et les exigences augmentent, il faut savoir tenir jusqu’au bout.
Mais il y avait une belle ambiance d’entraide entre les candidates ; nous nous encouragions mutuellement et mes proches étaient là aussi pour me soutenir.
Vous avez remporté le troisième prix ainsi que le Prix Génération Opéra. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
J’ai d’abord été très heureuse d’arriver en finale, de vivre l’expérience jusqu’au bout. Et puis c’est une très belle reconnaissance de mon parcours.
Je suis également fière d’avoir représenté la France et montré que ses conservatoires forment des cheffes capables de s’inscrire dans une carrière internationale.
Recevoir le Prix Génération Opéra a été un grand honneur. Travailler avec des chanteurs et chanteuses est pour moi une source immense de joie et d’inspiration. J’aime la dimension pluridisciplinaire de l’opéra, le travail au long cours avec une équipe, les liens qui se tissent au fil des semaines de répétitions et représentations, l’ambiance, les décors, les costumes, les lumières…tout. On peut véritablement raconter une histoire au public avec l’opéra, grâce au livret, à la mise en scène et à tous ces éléments.
L’opéra a-t-il une place spécifique dans votre carrière ?
L’opéra a jalonné ma vie de musicienne. J’ai assisté à ma première représentation des Nozze di Figaro à l’âge de 5 ans, puis j’ai été abonnée à l’Opéra de Marseille pendant huit ans. J’ai ensuite bénéficié du mentorat de cheffes d’opéra à l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence.
Pendant ma formation au CNSMDP, chaque année comportait une session dédiée à l’opéra, ce qui a renforcé ce lien. J’ai également représenté le Cercle National Richard Wagner de Paris au Festival de Bayreuth.
Enfin, j’ai dirigé ma première production à l’Opéra de Tours en janvier avec L’Enlèvement au sérail, une expérience marquante qui a confirmé mon désir de diriger des opéras.
Y a-t-il un opéra que vous rêveriez de diriger ?
Carmen fait partie de mes opéras préférés. Je le connais presque par coeur et je rêverais de le diriger. J’aime aussi beaucoup les opéras de Mozart, notamment la « trilogie Da Ponte » (Le Nozze di Figaro, Don Giovanni et Così fan tutte) et Die Zauberflöte.
Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ?
Parmi mes projets à venir, je dirigerai en mai le Sinfonieorchester Basel dans un programme réunissant Brahms, Strauss et Schubert.
En juin, je dirigerai un concert lyrique au Festival de Saint-Denis avec Karine Deshayes, Eva Zaïcik, Cyrielle Ndjiki et l’Orchestre National d’Île-de-France, une occasion que je me réjouis particulièrement de partager avec ces trois grandes chanteuses.
Avec l’orchestre Démos Metz – Moselle Nord, nous donnerons un concert à l’Arsenal de Metz, qui viendra clore trois années de travail commun. Ce projet me tient particulièrement à coeur, car il associe pleinement dimension sociale et musicale tout en permettant de suivre l’évolution d’une centaine d’enfants, auxquels je me suis attachée.