Interview croisée - Nouvelle coproduction James Bonas et Ewan Jones, metteur en scène et chorégraphe de Company

A l'occasion de la création de Company, nouvelle coproduction de Génération Opéra, le metteur en scène James Bonas et le chorégraphe Ewan Jones reviennent sur leur premières découvertes de la comédie musicale... Ils nous livrent la relation qu'ils entretiennent avec l'oeuvre de Stephen Sondheim et leurs intentions pour cette nouvelle mise en scène.

GO - Génération Opéra — 

Avez-vous déjà travaillé ensemble ?

J.B (James Bonas) — 

Avec Ewan, nous travaillons régulièrement ensemble depuis 10 ans. En juin dernier nous étions au Welsh national Opera pour une nouvelle production de Candide de Leonard Bernstein pour laquelle je faisais la mise en scène et Ewan la chorégraphie. 
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Teaser de Candide de Leonard au Welsh national Opera saison 22/23

GO — 

Comment avez-vous découvert l'univers de la comédie musicale ?

Ewan Jones ( E.J) — 

Je regarde des comédies musicales depuis que je suis tout petit. A l’âge de six ans je me souviens avoir dit à ma grand-mère : « quand je serai grand je veux faire des comédies musicales ! ».J’ai débuté ma carrière en tant que danseur, avant de devenir chorégraphe. Je suis très heureux aujourd’hui de travailler sur ce genre que j’affectionne particulièrement.
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Extrait de The Phantom of the Opera, Émirats Arabes-Unis et world tour - chorégraphie Ewan Jones

JB — 

J’ai débuté ma carrière en tant qu’acteur avant de me diriger vers la mise en scène. J’ai toujours eu un attrait pour ce genre. Pour mes anniversaires nous allions régulièrement à Londres pour assister à de nombreuses comédies musicales.  

GO — 

Quel est votre lien avec le travail de Stephen Sondheim ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet Company ?

J.B — 

J’ai découvert l’univers de Stephen Sondheim à l’âge de 14 ans, lorsque ma mère m’a amené voir « Follies » à Londres. Cela m’a tout de suite plu. Par la suite j’ai beaucoup étudié son travail au conservatoire, et j’ai toujours voulu mettre en scène une de ses œuvres. Stephen Sondheim arrive à créer de véritable pièce de théâtre en combinant texte et musique de manière spectaculaire. 

Into The Woods, mise en scène James Bonas, Rada (2019, (c)Scott Rylander
E.J — 

Pour ma part, je fais partie de la génération « après Sondheim ». Plus jeune, je trouvais complexe de rentrer dans son univers, ce n’était pas vraiment la musique que j'écoutais. Au conservatoire j’ai étudié ses chansons, ses textes, et j’ai eu progressivement une véritable connexion avec son travail. Aujourd’hui, chorégraphier Sondheim n’est pas chose simple. Il y a toujours une histoire à raconter et sa musique ne se prête pas forcément au langage du corps. Tout l’enjeu de mon travail consiste à utiliser la musique autrement afin d’y incorporer le langage de la danse.  

Elaine Stritch, Harold Prince and Jane Russell, on the set of the Broadway's musical Company (1970-72)
GO — 

Quelle vision avez-vous pour cette comédie musicale des années 60/70 jouée au 21ème siècle ?

J.B — 

« Company » est une œuvre qui parle « des gens », de l’humanité qui se déploie dans un environnement urbain. C’est dans cet environnement que les personnages se sentent diablement seuls. La solitude est un thème intemporel qui prend son sens à toutes les époques. On retrouve évidemment cette problématique aujourd’hui, mais cela était présent dans les années 60/70 comme à l’époque de Shakespeare. L’œuvre soulève également la question du mariage. Évidemment on pourrait dire que de nos jours on se préoccupe moins du mariage… cependant les individus se soucient encore beaucoup de la solitude. Dans la scène de Being Alive par exemple, je pense que le sujet n’est pas de se marier à tout prix… Cette scène soulève à mes yeux la question de la confiance que l’on accorde à autrui. C’est un sujet intemporel que l’on peut retrouver dans toutes les périodes de notre histoire. 

E.J — 

Ce qui est merveilleux avec la danse c’est que l’on peut créer un langage intemporel. Si l’on veut transposer une pièce des années 60/70 dans le monde d’aujourd’hui, c’est tout à fait possible. Dans mon travail j’aime beaucoup mélanger les styles de danses que l’on retrouvait à cette époque avec un univers plus moderne ou contemporain. Il est intéressant de créer une esthétique propre à cette nouvelle mise en scène sans être limité par une période précise. 

GO — 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre vision de cette nouvelle production ? 

J.B — 

Pour ce spectacle, nous avons choisi de faire appel à une équipe française notamment pour la scénographie et les costumes. Évidemment l’œuvre parle de New York, cependant nous souhaitons introduire une esthétique très chic, très française. Ce côté sera notamment renforcé par une distribution d’artistes français et francophones par une traduction des dialogues en français. La plupart des scènes se déroulent dans la tête du personnage principal Robert. Tout l’enjeu sera de recréer sur scène cet espace mental. Je visualise une esthétique très minimaliste dans lequel nous ferons d’un coup apparaitre Broadway ! 

E.J — 

Si je devais décrire en un mot la vision que j’ai pour cette nouvelle mise en scène de James Bonas, je dirais : intemporel ! Pour ce spectacle, nous voulons créer quelque chose de très chic dans lequel nous créerons par moment un véritable feu d’artifice.